Quelles sont les équipes les plus clutches ?
Les Pacers, les Hawks et les Lakers plus solides que le Heat et le Thunder dans le money time ?
Mesurer statistiquement la « clutch-itude » est une chose bien difficile, tant de nombreux éléments entrent en ligne de compte. Du coup, la manière d’étudier le concept ne cesse d’évoluer. On s’est d’abord attaché au pourcentage individuel des joueurs dans le money-time. L’occasion de se rendre compte que des joueurs réputés clutches comme Kobe Bryant ou Chauncey Billups rataient en fait beaucoup de tirs en fin de match. Bien évidemment, cette stat ne décrit qu’un pourcentage, sans prendre en compte pas mal de choses, comme, par exemple, le nombre d’autres solutions offensives crédibles dans l’équipe.
L’an dernier, les statisticiens se sont penchés sur les attaques des équipes, et non sur le seul niveau d’une star dans les derniers instants. Et si la plupart des équipes étaient à peu près au même niveau, l’une d’entre elles dominait largement : les New Orleans Hornets de Chris Paul. Mais là encore, difficile d’utiliser des statistiques sur le niveau offensif d’une équipe dans les instants décisifs, tant les variations de contexte d’un match à l’autre, mais aussi de performances rendent des moyennes peut révélatrices. Alors, du côté d’ESPN, on a tenté d’introduire la défense dans les mesures, puisque c’est un secteur où les équipes font plus preuve de constance que l’attaque. Et puis, comme le basket se résume à mettre plus de points qu’on en encaisse, il est important d’envisager également la défense si l’on veut déterminer si une équipe est bonne dans le money-time.
Les équipes les plus clutches
Du coup, ESPN a créé un tableau (voir en bas de la page) qui collecte des données prises lors des 5 dernières années, pour des matches se jouant en 5 pts et moins dans les 5 dernières minutes du 4ème quart-temps ou de la prolongation. Ce tableau met en valeur le différentiel points inscrits/points encaissés de chaque équipe lors de leurs matches qui réunissaient les conditions précédentes.
Bien évidemment, ces statistiques ont leur limite et, mal utilisées, pourront conduire certains à des conclusions hâtives sur la clutchitude ou pas de certains joueurs/coaches/équipes. Mais elles sont néanmoins très intéressantes et permettent de contribuer à la réflexion. On note ainsi que :
- Qu’il s’agisse de ses Cavaliers ou de ses Lakers, chaque année où Mike Brown a coaché, son équipe a dominé cette mesure statistique : ce sont elles qui ont eu le plus gros différentiel dans les 5 dernières minutes de match serré.
- Les Cavs de la période LeBron James dominaient donc cette catégorie, et si Cleveland s’est écroulé après son départ, le Heat est repassé dans le positif à son arrivée.
- Si les grosses équipes de cette saison sont toutes dans le positif, avec de bonnes stats pour Chicago et San Antonio, ce ne sont pas les plus grands favoris pour le titre qui s’en tirent le mieux. Les trois premiers sont les Lakers, les Pacers et les Hawks.
- Il ne suffit pas d’avoir une star référencée comme clutch, avec un fort pourcentage d’adresse dans les moments-clés, pour briller dans cette mesure. Ainsi Carmelo Anthony, qui est le joueur le plus adroit dans les 24 dernières secondes d’un match serré depuis 1996-97 (du moins il l’était l’an dernier, cf le tableau à l’intérieur de cet article), a évolué dans des équipes qui ont des résultats plus que mitigés. Ses Nuggets étaient très légèrement positifs et ses Knicks très légèrement négatifs.
- Les Lakers et le Magic sont les deux seules équipes à avoir été dans le positif chacune des 5 dernières années. Les Celtics y sont presque.
- Les Knicks et les Wolves sont les seules équipes à n’avoir jamais été dans le positif.
Bref, c’est un outil particulièrement intéressant quand il s’agit d’étudier le comportement des équipes dans le crunch-time.
Attention aux conclusions hâtives
Néanmoins, difficile d’en tirer des conclusions pour les individualités, comme le fait pourtant en partie ESPN. A titre d’exemple (certains chafouins vont dire qu’il s’agit de hating, mais c’est le cas le plus parlant puisqu’il y a changement d’équipe et changement d’équipe pour le coach également), prenons le cas LeBron. Ses Cavs dominaient la statistique outrageusement, et quand il est arrivé, le Heat, dans le négatif jusque-là, est repassé dans le positif. Beaucoup en concluraient hâtivement qu’il est clutch. Or, ces stats ne l’indiquent pas, ni ne l’infirment d’ailleurs.
Ainsi, Miami a beau être une équipe meilleure que les Cavs de James (c’est du moins pour ça qu’il est parti), son différentiel est nettement moins impressionnant que ne l’était celui de Cleveland, même en tenant compte du fait qu’il y a eu moins de matches cette année. L’impact et la part du contexte, des équipiers, mais aussi du coach et du jeu de l’équipe ne sont pas détaillés. Une grosse défense dans les moments serrés (ce qu’aime plutôt bien Mike Brown, dont les équipes dominent justement ces stats) permet d’être bien placé, et, ce, qu’on dispose ou non de joueur(s) décisif(s) en fin de match. Une attaque équilibrée avec des joueurs qui n’ont pas peur de prendre leur responsabilité, sans pour autant être considérés comme des tueurs de match, peut également se retrouver parmi les équipes les plus clutches. Indiana, Atlanta et même Orlando le prouvent cette année. Au final, les équipes qui s’en sortent le mieux sont généralement celles qui disposent du meilleur mix attaque équilibrée-grosse défense.
La tentation peut donc être grande de tirer des conclusions individuelles de cette stat collective, mais le risque de se fourvoyer est au moins aussi grand. Difficile donc d’évaluer statistiquement qui est clutch et qui ne l’est pas puisque les stats individuelles sont généralement trop limitées et ne rendent pas compte de tout un tas de facteurs : par exemple, un tir pris par un joueur qui est l’unique option en fin de match sera forcément plus dur qu’un tir pris par, disons, un Paul Pierce puisque la défense aura dû également se méfier de Ray Allen et de Kevin Garnett et qu’avant que la balle ne tombe dans les mains d’un de ces trois-là, elle aura pu avoir besoin de défendre sur la percussion d’un Rajon Rondo pour l’obliger à ressortir (sinon c’est panier facile près du cercle) et de déclencher des aides qui libèrent d’autant plus d’espace pour les C’s. Autre exemple, il est beaucoup plus facile de mettre 17 pts en 5 minutes contre les Nets, que de le faire contre les Mavs en Finale 2012 ou lors des Game 5 et 6 (où rarement un TD aurait été aussi troublant…) d’une demi-finale de Conf’ contre Boston. Pourtant, dans les stats, tout cela compte de la même manière…
Au final, même en combinant les stats collectives aux stats individuelles, il est donc difficile de déterminer si un joueur est clutch. Au mieux elles aident à valider l’avis que l’on peut se forger en regardant les matches. En revanche, cette nouvelle statistique est très instructive pour mesurer quelles équipes sont les plus solides en fin de match serré, surtout à l’approche des playoffs. Maintenant, la manière dont elles réagiront dans un contexte « postseason » risque d’être bien différente de ce que montrent ces chiffres, dans lesquelles la saison régulière a une grande part. Car, dans ces moments-là, une équipe n’est clutch que si elle a des joueurs d’exception – techniquement et/ou mentalement. C’est cet équilibre entre individualité et collectif qui fait du basket un sport si particulier. Et, fort heureusement, les stats à elles seules ne pourront jamais rendre compte de cet équilibre.
