Les recrutements d’Anthony Davis et Shabazz Muhammad mis en doute par les coaches NCAA
Tout n’est pas toujours clean en NCAA.
Chaque année, des soupçons entourent le recrutement des meilleurs lycéens par les plus grosses facs et ce n’est pas nouveau. Après tout, le film « Blue Chips » qui mettait en scène Shaquille O’Neal, Penny Hardaway et Nick Nolte et qui traitait de ce problème remonte à maintenant presque 20 ans, tout comme les faits reprochés à Chris Webber et à certains membres du Fab 5.
Mais à l’heure du « one and done », réussir à attirer les plus gros prospects dans son université, ne serait-ce que pour un an, est devenu encore plus crucial que par le passé. A moins de s’appeler Duke, North Carolina ou Kansas, c’est devenu très compliqué de pouvoir espérer construire sur le « long terme » en espérant que l’enseignement basket dispensé permettra de souder le groupe et de le faire progresser suffisamment pour jouer un titre. Et encore, même les facs les plus prestigieuses doivent chaque année participer à la grande course au recrutement, elles aussi, de peur d’être reléguées au statut d’antiquités.
Comme nous l’avions évoqué dans l’article que nous lui avions consacré dans le numéro 35 de REVERSE, John Calipari a notamment fait souvent parlé de lui là où il est passé pour avoir collectionné à peu près autant de victoires que de sanctions de la part de la NCAA pour des histoires de recrutement peu claires. Ses records de victoires établis avec Derrick Rose à Memphis ont par exemple été rayés des livres d’histoire. Le titre NCAA obtenu l’année dernière avec les Wildcats de Kentucky a largement contribué à redorer son blason, d’autant qu’il n’est ni le premier ni le dernier coach de cette stature à avoir eu ce genre de problèmes.
Après tout, si le système de la NCAA était plus juste, il y aurait certainement moins d’affaires louches, d’arrangements et d’arnaques réglées sous la table. Car quand on voit les millions de dollars dont se gave cet organisme ainsi que les salaires mirobolants des coaches, on peut comprendre que les joueurs puissent se sentir « exploités » puisque ce n’est que grâce à leur sueur et à leurs efforts que cette énorme machine peut fonctionner. Vu leur très jeune âge, les tentations et les mauvaises influences qui peuvent les entourer, il n’est pas étonnant que certains d’entre eux puissent déraper ou du moins essayer de « monnayer » leurs services, d’une façon ou d’une autre.
Un récent sondage réalisé par CBS auprès des entraîneurs NCAA révélait notamment que 58% d’entre eux estimaient que les joueurs devraient être rémunérés d’une façon ou d’une autre. Les moyens de le faire sont divers (défraiement des coûts de vie, autoriser les joueurs à signer avec des équipementiers, faire payer les conférences en fonction de leurs revenus etc.). Personne n’a encore trouvé le moyen parfait de rendre ce système plus juste tout en se prémunissant contre les effets retors du monde professionnel (cf. Dwightmare) et en donnant le moyen aux coaches de pouvoir continuer à « enseigner » sans être à la merci de leur stars. Bref, pas simple…
En attendant, ce système bancal continue de créer des situations plus ou moins louches. CBS a effectué un autre sondage auprès des coaches universitaires pour tenter d’établir un Top 10 des recrutements les plus « sales » de ces 10 dernières années. En voici les résultats.
Shabazz Muhammad : 15%
Anthony Davis : 13%
John Wall : 7%
Kyle Anderson : 7%
OJ Mayo : 7%
Derrick Rose : 6%
Renardo Sidney : 6%
Terrence Jones : 3%
Tobias Harris : 3%
Chris Obekpa : 3%
DeMarcus Cousins, DeAndre Jordan, Anthony Randolph, Enes Kanter, Josh Selby, Lance Stephenson, Khem Birch, Rodney Hood, Norvel Pelle, Terrence Jennings, J’Mison Morgan, Jordan Goodman, JaKarr Sampson et Jevon Thomas ont eux aussi reçu des votes dans cette élection peu glorieuse.
Parmi les lauréats, trois anciens 1er choix de draft et un nombre conséquent d’anciens joueurs de coach Calipari. Sous couvert d’anonymat, quelques coaches ont commenté certains de ces recrutements et notamment celui du grand vainqueur, Shabazz Muhammad.
« Le deal était fait depuis longtemps. Toutes les autres rumeurs de signature n’étaient que du bluff. Les insiders savaient que c’était joué depuis belle lurette. Enfin regardez, il a même dit non à Kentucky. »
Jeff Borzello, de CBS, rappelle au passage que ce n’est peut-être pas pour rien si Muhammad a été rendu « inéligible » par la NCAA en ce qui concernait la tournée en Chine à laquelle doit participer UCLA. Une enquête serait d’ailleurs toujours en cours à son sujet. Le fait que Muhammad ait choisi une université dont l’équipementier est adidas alors que c’est justement la marque aux trois bandes qui finançait son équipe AAU interpelle notamment nombre de coaches.
Mais les recrutements d’Anthony Davis et de John Wall avaient eux aussi fait beaucoup parler.
« Je n’avais jamais vu un recrutement être réglé aussi vite que celui-là », commentait un coach au sujet d’AD.
« Je ne sais pas ce qu’ils ont fait, mais c’était un coup de maître. »
« Baylor avait embauché le coach AAU de John Wall et même ça n’a pas suffi à le faire venir », rappelait un autre entraineur en parlant du meneur des Wizards.
« Ce recrutement s’est passé à un tout autre niveau. Rappelez-vous que Roy Williams avait quasiment arrêté de le recruter. Le meilleur joueur du pays venait de Caroline du Nord et UNC n’avait aucune chance. Qu’est-ce que ça vous inspire ? »
Ça nous inspire surtout que tant que le système universitaire restera le même, ce genre de pratiques devrait continuer à se perpétuer…